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Ligue 62   
 

 

Création du Comité Laïcité République Nord-Pas de Calais-Picardie

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Ce mardi 20 octobre avait lieu la création du Comité Laïcité République Nord-Pas de Calais-Picardie, dans l'hémicycle du Conseil départemental du Pas-de-Calais à Arras.

 

Après l’inauguration d’une exposition des œuvres du dessinateur CHARB, ancien directeur de Charlie Hebdo assassiné le 7 janvier 2015, sur le thème de la laïcité et la République, s'est déroulé un colloque sur le thème "La France a besoin de laïcité", avec les interventions de M. Michel Dagbert, Président du Conseil départemental du Pas-de-Calais, M. Patrick Kessel, Président du Comité Laïcité République national, Mme Marika Bret de Charlie Hebdo, M. Eric Conan de Marianne, M. Charles Coutel, Vice-président du CLR,  M. Daniel Boys, Président de la Ligue de l'enseignement Nord-Pas de Calais et administrateur de la Ligue de l'enseignement nationale, et M. José Gulino, qui a présenté le projet de CLR Nord-Pas de Calais-Picardie.

 

Dans son intervention, notre président Daniel Boys a rappelé les nombreux engagements de la Ligue de l'enseignement pour défendre et faire vivre la laïcité, valeur essentielle de notre mouvement, qui assure à tous liberté d'être et de conscience dans une société fraternelle.

 

Retrouvez ci-dessous la retranscription de cette intervention.

 


 

Chers amis,

 

Parler de la laïcité au nom de la Ligue de l'enseignement, c'est parler de  son ADN puisque ses valeurs, ses combats sont indissociables de la laïcité.

 

La Ligue de l'enseignement a été fondée en 1866 par des républicains engagés. Elle a fortement œuvré au cours de la Troisième République aux côtés des gouvernements successifs pour les lois Jules Ferry, la loi de 1901 et la loi de 1905 ; autant de lois qui mettent la laïcité au cœur du projet républicain.

 

Faut-il rappeler la pétition de 1871 pour l’école publique laïque et obligatoire, 10 ans avant les lois Jules Ferry, un autre ligueur.

 

Faut-il rappeler les rôles essentiels que jouèrent Léon Bourgeois et Ferdinand Buisson, tous deux Prix Nobel de la paix et présidents de la Ligue de l’enseignement, sur les lois de 1901 et de 1905.

La laïcité telle que nous la connaissons aujourd'hui est le résultat d'un long combat, auquel nous avons pris largement notre part.

 

Rappelons-nous que cet héritage est inscrit dans la loi : la République garantit la liberté de penser, la liberté d'expression, la liberté de conscience et le libre exercice des cultes.

 

La laïcité nous a civilisés, parce qu'elle a avant tout pour but de protéger les personnes de tout asservissement dans un climat de paix civile.
Nous pouvons être fiers de ce qu’elle nous garantit :

La liberté : liberté de pensée, liberté de conscience,

L’égalité de tous devant la loi et face au service public,

La fraternité, par la reconnaissance de l’égale dignité de chaque être humain.

 

Mais aujourd’hui la laïcité est fortement malmenée et la République, qui repose sur trois piliers indissociables, liberté, égalité et fraternité, est en danger.

 

Après les drames que nous avons vécus début janvier, après les dérapages verbaux de la droite extrême et de l'extrême droite concernant les musulmans,  les réfugiés, les Roms ou encore récemment la déclaration de Nadine Morano sur  la France « pays de race blanche », la laïcité est revenue au centre de tous les débats.

 

La laïcité est une valeur qui est au cœur même de notre projet républicain. On l’avait rangée au rang des accessoires poussiéreux de notre histoire collective, parce qu'on pensait qu'elle était une évidence. C'est vrai qu'elle est une évidence pendant les périodes de croissance économique et de progrès social, c'est vrai qu'elle est une évidence dans un monde fermé. Mais aujourd'hui notre monde s'est ouvert, de nouvelles populations avec des cultures et des religions différentes se sont installées de manière durable et elles vivent le plus souvent des discriminations intolérables et des situations sociales difficiles.

 

Notre société est fragmentée, les idéaux collectifs n'existent plus, les corps intermédiaires sont fragilisés. Cette situation a conduit au repli sur soi, à l'individualisme, à la montée des intégrismes et du populisme. Il nous faut refaire société et faire de la laïcité non pas un étendard, un porte-drapeau,  mais un outil pour retisser le lien social.

 

Faire vivre la laïcité pour refaire société, tel est l'engagement de la Ligue de l'enseignement.

 

Chaque jour, nous agissons sur le terrain des valeurs avec nos 900 associations affiliées, auprès de nos 40 000 adhérents, pour faire vivre cette conception de ce que je n’appellerais plus le faire société mais le faire fraternité.

 

Plutôt que de défendre la laïcité, il est de notre devoir à nous, mouvement d’éducation populaire, de la faire vivre dans nos cités, dans nos campagnes, dans nos villages. Partout la laïcité doit pouvoir s’incarner et être le ciment qui nous relie l’un à l’autre.

Le chantier est énorme, alors que pourtant tout est si simple si l’on considère que la seule chose qui peut nous différencier entre humains est notre groupe sanguin, et que dans une même famille, ceux-ci peuvent être différents.

 

Faut-il le dire encore il n’y a pas de chocs des civilisations comme aimeraient le croire certains. Personne n’est incompatible avec l’universel alors que les valeurs de la République, elles, sont universelles.

La Ligue de l’enseignement du Pas-de-Calais s’attache à marteler ce message afin que tout un chacun puisse se le réapproprier. Face au péril de l’extrême droite, nous affirmons haut et fort que l’histoire et l’esprit de la loi de 1905 n’ont rien à voir avec une volonté de laïciser le peuple. Ce n’est pas lui qui doit être laïque, c’est l’État. Quand j’entends dire par l’extrême-droite qu’il faudrait interdire le voile et la kippa dans la rue, je me dis que ça ce n’est pas la laïcité.

La laïcité n’est pas compatible avec l’extrême-droite parce qu'elle vise la coexistence pacifique, qu'elle est faite de respect, d’ouverture d’esprit et de tolérance. La fin ne peut justifier les moyens, et de la même façon qu’on ne peut pas adjectiver la laïcité, n’en transformons pas le sens profond et souvenons-nous de l’affaire Dreyfus.

Notre mémoire devrait nous inciter à la vigilance. De la même façon qu'on ne juge personne par rapport à des signes ou à un habillement, on ne peut juger quelqu’un que pour avoir commis des actes répréhensibles.

 

A l’heure des amalgames, à l’heure où l’extrême-droite tente de se réapproprier notre héritage, il faut nous rassembler et agir plutôt que de se cantonner dans la défense d'une quelconque orthodoxie. Nous avons déjà commencé et fiers de nos valeurs, nous avons initié il y a quatre ans la semaine départementale de la laïcité autour du 9 décembre, et un événement  intitulé « Faites la fraternité » pendant les semaines d’éducation contre le racisme. Nous agissons quotidiennement dans les écoles, les centres sociaux, les associations et tous les lieux où notre présence se justifie, pour que vivent la laïcité et la fraternité.

 

Plus que jamais face au péril de l’extrême droite, face à la montée des populismes en France et partout en Europe, il nous faut occuper le terrain et agir ensemble au plus près des populations victimes des discriminations et des injustices sociales, pour faire reculer l'intolérance et faire de notre idéal laïque un puissant levier de progrès social pour une société plus juste, plus fraternelle et plus humaine.

 

Daniel BOYS
Président de la Ligue de l'enseignement du Nord-Pas de Calais
Administrateur de la Ligue de l’enseignement nationale